“Dernière de couvée”, naître après les autres

Par Amandine Gombault

Être le dernier d’une famille, c’est hériter d’un monde déjà plein. Dans cet album touchant, l’enfance se raconte à la hauteur des petits, entre trop-plein d’amour et quête de place.

La littérature jeunesse s’est souvent emparée de la fratrie comme sphère narrative et pour cause : elle constitue l’un des premiers théâtres sociaux de l’enfant. Dans ce cadre, être “la dernière” n’est jamais anodin. C’est arriver à la suite des autres, dans un univers déjà organisé, où les rôles semblent distribués. La plus grande, le turbulent, le rêveur… et puis celle qui boucle la boucle familiale. Celle qui doit inventer sa manière d’être au monde.

Fidèle à l’esprit de Flammarion Jeunesse, qui privilégie des récits accessibles mais émotionnellement justes, cet opus, dont l’héroïne est une jeune mésange, s’inscrit dans une approche sensible du quotidien. Ici, pas besoin d’événements spectaculaires : les tensions, les comparaisons, les petites injustices perçues suffisent à nourrir le récit. Car l’enjeu est ailleurs : dans la perception. Comment se sentir unique quand tout semble déjà vécu par d’autres avant soi ? Comment se construire sans être “la petite dernière” aux yeux de tous ?

C’est dans ces questions que le livre trouve sa résonance. L’enfance y apparaît comme un espace d’ajustement permanent, où chaque geste, chaque mot, peut renforcer ou fissurer le sentiment d’exister pleinement. Le regard des parents, en particulier, devient central : est-il le même pour tous ? Peut-il l’être ?

Mais la force d’une telle histoire tient souvent à sa capacité à dépasser le simple constat. Être la dernière, c’est aussi bénéficier d’une liberté nouvelle, d’une attention différente, parfois d’une lucidité plus précoce. Là où les aînés ont essuyé les règles, la benjamine peut les observer et les contourner.

Dans cette tension entre frustration et invention de soi, Dernière de couvée s’inscrit dans une tradition précieuse de la littérature jeunesse : celle qui prend au sérieux les ressentis de l’enfant sans les dramatiser à l’excès. Au fond, il ne s’agit pas seulement d’un rang dans la fratrie, mais d’une interrogation plus vaste : comment devenir soi quand on arrive “après” ? Ce livre traite un thème universel avec la délicatesse attendue d’un catalogue qui, depuis des années, fait de l’intime un véritable territoire littéraire.


Dernière de couvée, par Orianne Lallemand, illustrations de Laura Hedon, 13,50 euros, Flammarion Jeunesse

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