David Cozette “Se mettre à nu, tant que ce n’était pas impudique, était important pour moi”
Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie
L’ancien commentateur-star du basket en France, qui a évolué sur Eurosport, Canal +, la Chaîne l'Equipe et RMC Sport a réalisé, à l’approche de la cinquantaine, un virage à cent-quatre-vingts degrés en quittant le monde du sport pour prendre les rênes d’un établissement à Hyères. Une odyssée éprouvante, semée d’embûches mais finalement couronnée de succès sur laquelle il revient dans un livre aux allures de carnet de bord L’hôtel de bord de mer, qui est préfacé son ami et collègue Denis Brogniart.
Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de livrer ce récit de vie sur le papier ? Parce qu’il était nécessaire pour vous de montrer que cette parenthèse que vous aviez refermée avait existé ?
Oui, c’était pour avoir une trace, pour nous, pour la famille, pour mes amis qui ont vu des extraits ponctuellement mais qui n’avaient pas l’intégralité de l’histoire. J’avais aussi la naïveté d’imaginer que ça pouvait peut-être intéresser le grand public. Quand on discutait avec notre entourage et que l’on disait “On part” “On revend tout” “On achète un hôtel”, nous percevions la fascination dans les yeux des gens, même s’ils pensaient parfois que nous étions complètement fous ! Cette idée de changement de vie fait fantasmer, surtout quand on arrive dans nos âges, à cinquante ans et qu’on a eu le même métier pendant trente. La dernière chose, c’est que j’adore écrire et que j’ai eu beaucoup de temps l’été qui a suivi la vente de l’hôtel. Je me suis donc dit “Pourquoi ne pas me lancer dans ça” ? Tout est venu facilement, ce n’était pas une souffrance.
En quoi le journaliste qui écrit est-il différent du journaliste qui commente sur les écrans ? Faut-il être moins dans l’emphase, plus dans l’introspection ?
C’est vrai que ça n‘a rien à voir ce que j’ai vécu ces trois dernières décennies. Ce n’est pas le même esprit mais ça été malgré tout complètement naturel. J’admire les “vrais” auteurs, ceux qui inventent une intrigue, la construisent, la structurent avec un plan préparé à l’avance mais moi, je n’en avais pas ! Je me suis mis devant mon ordinateur et je suis parti du commencement. Ça été un travail chronologique, étape par étape et c’était tellement frais que tout m’est venu spontanément, chapitre par chapitre. Ensuite, une fois qu’on était dans la matrice, la phase de l’exploitation de l’hôtel, il a fallu creuser un petit peu plus pour trouver quelques anecdotes humaines et de fonctionnement. Mais jamais je ne me suis demandé “ Comment je fais pour continuer à avancer ?”.
Vous n’y avez pas éludé les difficultés de cette épopée entrepreneuriale. Était-ce important pour vous que ça apparaisse dans votre ouvrage ?
Oui, parce qu’il y a que comme ça que le récit a de la valeur. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tout le monde ne pense qu’à se mettre en avant, à ne raconter que des choses positives censées faire rêver les gens. Mais finalement, on est très loin de ce qu’est la vraie vie ! Or, moi je trouvais intéressant de la raconter, avec ses joies et ses doutes. Et ce texte n’avait de valeur que si je m’y livrais complètement. D’autres auraient eu une forme d’orgueil mais mon côté, c’est toujours la sincérité qui m‘a guidé. En tant que commentateur, je pense d’ailleurs avoir touché les gens parce que je ne trichais pas. Quand j’étais passionné par le match que je suivais, le public sentait que ce n’était pas fake. Là, si j’avais seulement dit “J’ai repris un hôtel, ça a cartonné et j’ai gagné plein d’argent”, quel intérêt ? Se mettre à nu, tant que ce n’était pas complètement impudique, était important pour moi.
Est-ce un exercice d’humilité de lancer dans ce genre d’aventure ?
J’ai l’habitude de dire que je suis passé du métier le plus facile de la Terre au plus difficile. C’est un privilège absolu d’être payé pour regarder des matchs au premier rang sans travailler. L’hôtellerie-restauration et plus encore la restauration, c’est un des milieux les plus complexes qui soient, avec ce côté hiérarchique, quasiment militaire en cuisine et en salles. C’est aussi très chronophage. J’ai donc découvert la vraie vie, après avoir vécu trente ans dans une bulle un peu hors sol avec des personnes qui avaient la même culture et le même niveau d’études que moi. Là, j’ai rencontré des gens qui n’auraient sinon jamais croisé ma route, notamment des cols bleus qui se lèvent tôt le matin.
Pensez-vous qu’il y avait démarche une quête de la reconnaissance et de l’admiration de votre père, comme vous semblez le dire à la fin du livre ? Prenait-il moins au sérieux votre métier précédent ?
Non mais je n’apprenais que par bribes qu’il était fier de moi. Il ne s’est jamais intéressé à mon sport, ne m’a jamais réclamé de venir sur un match en régie, il n’en avait rien à faire Certains de ses clients, en tant qu’avocat, lui parlaient de moi et ça le surprenait car il n’imaginait pas que je puisse être un peu connu dans mon microcosme. Il ne m’a d’ailleurs jamais dit qu’il l’était, même après ce livre ! Mais ça ne me dérange pas parce que je suis persuadé que c’est la faille qui crée en soi le supplément d’âme. Je me suis auto-challengé grâce à elle.
En quoi l’adrénaline de cette épopée hotellière est-elle comparable à celle que l’on ressent sur les terrains ?
En tant que commentateur, je profitais du show que l’on m’offrait d’abord en tant que spectateur puis j’invitais les gens à le partager avec moi. La seule comparaison que je peux donc faire avec mon ancienne profession de journaliste, c’est que les téléspectateurs ne venaient pas pour moi. Moi, j’étais simplement à l’antenne pour leur rendre ces instants les plus agréables possibles. A l’hôtel, c’était pareil : ils étaient là pour diner au bord de mer. Mon seul rôle à chaque fois, c’est d’être l’accompagnateur de bons moments.
Qu’est-ce que vous voudriez que vos lectrices et lecteurs retiennent de L’hôtel du bord de mer ?
Je laisse chacun se forger sa propre morale. En le rédigeant, je pensais davantage à mes filles, qui ont vécu certains choses par procuration, pour qui ça été dur. Il faut qu’elles retiennent qu’il faut se battre pour obtenir ce à quoi on aspire dans la vie. Et que lorsque l’on est porté par une passion, on peut aller très loin, à condition d’être pugnace. Il faut aussi cultiver une forme d’inconscience : je n’avais pas imaginé que je pouvais tout perdre. Je n’envisageais que la réussite.
Dans ce domaine, y-a-t-il une lecture qui vous a inspiré, vous a incité à vous jeter dans le vide ?
Non, je sais qu’il y a des rayons entiers sur le développement personnel et le management mais je ne lisais pas ça. Au départ, j’étais plutôt fan de romans et je me suis ensuite orienté vers des livres écrits par des personnes qui, comme moi, ont vécu des choses assez folles. Je suis toujours resté loin de ces livres qui donnent des leçons. Avoir un code de conduite, je ne vois pas l’intérêt; il faut plutôt vivre les choses pour les expérimenter.
L'hôtel du bord de mer , de David Cozette, 16,90 euros, Editions City