“Bredouille”, maille après maille

Par Amandine Gombault

Agnès Domergue met en scène dans ce livre un personnage nommé Bredouille, qui part d’une situation d’échec répétée pour transformer une pelote trouvée en une œuvre singulière ! L'autrice y célèbre la persévérance, la débrouille et le vivre-ensemble.

Dans Bredouille, le héros éponyme, toujours « bredouille », trouve un beau jour une pelote toute rondelette après sa cueillette. Aussitôt, il se lance dans le tricot : « Tricote, tricote, tricote », et la pelote devient une chaussette ! Il est fier, il veut la montrer à ses amis.

Mais ses copains ne voient pas l’intérêt de cette demi-paire solitaire ; et la chaussette, qui semblait fabriquée, se défait et redevient pelote. L’histoire se poursuit par des tentatives successives : tricotage, détricotage, retricotage… Chaque essai est une nouvelle façon de faire, d’offrir, d’être utile. Et progressivement, l’album introduit l’idée que l’échec est partie prenante de la création, et que l’aide des autres, le partage, comptent autant que le résultat.

Le texte adopte un rythme de petite rengaine, avec des sons répétitifs (« Bre… bredouille, encore bredouille ! bredouille Bredouille, toujours bredouille ») qui renforcent l’état d’esprit du personnage et font écho au très jeune public visé.

Visuellement, Bredouille propose des illustrations en aquarelle, pastel, gouache et tampon, aux teintes douces et enveloppantes. Les formes rondes des personnages, très animalières, participent à l’ambiance cocon de l’album.

Le plus habile dans cet ouvrage, c’est le glissement subtil opéré entre la maladresse enthousiaste et la réussite collective. Bredouille ne se contente pas d’être celui qui « n’a rien » : il agit, il tente, il recommence, et surtout il invite les autres à réparer, à s’engager avec lui. Le message principal est que persévérer, c’est aussi accepter de rater, d’ajuster, de recommencer avec d’autres. C’est une leçon de résilience pour les tout-petits, qui souvent apprennent davantage de leurs tentatives infructueuses que de leurs succès !

Mais Bredouille n’est pas pour autant moralisateur. L’humour, léger, est omniprésent (on sourit ainsi de la chaussette qui semble inutile), et l’univers graphique rassurant. On se sent comme dans un atelier où l’on peut expérimenter sans pression. Affleure aussi implicitement le sujet du recyclage : la pelote redevient pelote, les objets se désagrègent pour se reconstituer autrement, ce qui introduit une forme d’écologie ludique et accessible.

Bredouille, d’Agnès Domergue, 15,50 euros, Editions Grasset Jeunesse

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