“Quand j’étais loup”, une histoire à rebrousse-poil !
Par Amandine Grosjean
Et si la grande méchante créature à canines aiguisées changeait de peau ? Dans un album fin et facétieux, le romancier et auteur jeunesse Jérôme Lambert revisite le conte et parvient à troubler délicieusement nos certitudes.
Certains livres restent discrets, mais font pourtant bouger les lignes. Quand j’étais loup appartient à cette catégorie. Jérôme Lambert s’y empare d’une figure saturée d’imaginaire — le loup, ses longues dents, sa légende — pour en proposer une déclinaison subtile, où l’évidence vacille dès les premières pages.
Car ici, le narrateur, un teckel, ne raconte pas une rencontre avec le loup : il affirme en avoir été un ! Ce simple glissement ouvre un espace d’incertitude particulièrement riche. La narration se déploie alors comme une mémoire incertaine, entre aveu et reconstruction, sans jamais chercher à figer une vérité. On avance à pas souples, guidé par une voix qui doute autant qu’elle raconte. La plume de Jérôme Lambert séduit par sa justesse. Fluide sans être lisse, travaillée sans ostentation, elle cultive une forme de légèreté maîtrisée. Quelques touches d’humour ponctuent le texte, sans en changer le sens, mais en le rendant plus nuancé. La lecture reste à la fois facile et fine, capable d’accompagner sans simplifier à l’excès.
Mais surtout, sous cette apparente simplicité affleure une réflexion délicate sur l’identité et ses métamorphoses. Être loup, l’avoir été, ne plus l’être tout à fait : autant de variations qui évoquent, en creux, les passages, les déplacements intérieurs, ces moments où l’on se redéfinit sans toujours savoir selon quelles règles. L’écrivain n’impose rien ; il suggère, laissant au lecteur le soin d’habiter les interstices.
Le texte joue également avec l’héritage des contes, dont il détourne les contours sans jamais les renier. Le loup n’est plus seulement une figure de menace : il devient un point de vue, presque une expérience. Et dans ce déplacement discret, c’est tout un imaginaire qui se recompose.
Quand j’étais loup est un récit délicat, à la fois espiègle et réfléchi, qui prouve qu’il suffit parfois d’un léger pas de côté pour renouveler ces fables que l’on croyait connaître.
Quand j'étais loup, de Jérôme Lambert, illustrations de Fred Bernard, 14,90 euros, Robert Laffont Jeunesse