“Le syndrome de l’imposteure”, empreinte tenace du patriarcat
Par Odile Lefranc
Auto- sabotage, sentiment d’illégitimité, doute permanent… Et si c’était lui ? Dans un roman graphique, rédigé par Céline Bracq et Éric Giacometti et illustré par Fanny Briant, ses auteurs décortiquent avec humour ce phénomène psychologique qui traverse la société mais frappe surtout les femmes et les minorités.
Identifié en 1978 par les psychologues Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, le syndrome de l’imposteur se définit comme la conviction intime de ne pas être à la hauteur, malgré des preuves objectives du contraire. Près de cinquante ans plus tard, il n’a rien perdu de son actualité.
Les chiffres du sondage Odoxa mené auprès d’un panel de 2 000 personnes parlent d’eux mêmes : un tiers des Français ressentent régulièrement le syndrome de l’imposteur, et chez les jeunes, c’est un raz-de-marée. Il révèle aussi une inégalité persistante : si le syndrome s’estompe avec l’expérience chez les hommes, il augmente chez les femmes, notamment entre 35 et 49 ans (51 % touchées de façon régulière à intense, contre 28% des hommes).
Céline Bracq, directrice d’Odoxa, a découvert ce phénomène en discutant avec une amie. Ancienne étudiante à Sciences Po, elle se souvient de ses propres interrogations. En se mettant en scène, elle offre un récit à la fois personnel et universel, enrichi par des témoignages variés comme celui de la journaliste Nora Hamadi et d’autres personnalités. Éric Giacometti, de son côté, s’est intéressé à des figures emblématiques, à l’image d’Irène Frachon, connue pour son combat contre le Mediator.
Ces explorations sont le fil rouge du livre. Pour étayer son propos, le tandem a effectué des recherches historiques, réalisé des entretiens avec des psychologues et des tests auprès de groupes représentatifs. Le résultat est un documentaire graphique qui mêle habilement données scientifiques et ressentis intimes.
L’une des forces de l’ouvrage est de montrer de manière pédagogique le déroulement d’une enquête, tout en retraçant les prises des consciences des auteurs face à ce phénomène. Le choix de la bande dessinée en fait son originalité. Sous le trait dynamique et expressif de Fanny Briant et les couleurs chatoyantes de Cécile Barnéoud, se déploie un univers visuel joyeux et inclusif qui permet d’aborder le sujet avec légèreté et de se l’approprier.
En donnant des clés pour surmonter le phénomène, Le syndrome de l’imposteure réussit le pari du livre-outil. Avec en prime, un test d’évaluation à la fin pour vérifier si on est concerné(e).
Le syndrome de l'imposteure, de Céline Bracq et Éric Giacometti, dessins de Fanny Briany, et couleurs de Cécile Barnéoud, 19,95 euros, Editions Marabulles.