“ L’agent”, meurtres sur commandes
Par Odile Lefranc
Avec cette comédie noire ciselée et divertissante que l’on peut désormais lire en format poche, Pascale Dietrich, qui y raconte les tribulations d’un entremetteur du crime, s'impose comme une experte du genre.
D'emblée, l'histoire séduit. Anthony, agent de tueurs à gages, profite d’une vie douillette, aux côtés de ses deux chiens, dans le XVIème arrondissement parisien. Mais tout dérape lorsqu'un caïd de la drogue lui propose un contrat juteux, à savoir d’éliminer un secrétaire d'État. Notre “héros” confie alors la mission à son homme de main le plus expérimenté, qui a la mauvaise idée de la sous-traiter... Ce qui aboutit à ce qu’une ancienne championne de biathlon soit finalement chargée de ces basses œuvres. Forcément, elle n'en fait qu'à sa tête, et la machine grippe. Pour couronner le tout, les sous-fifres du caïd se lancent à leurs trousses.
En parallèle, Thérèse, patronne d’une agence matrimoniale, fait un AVC. Alors que son neveu tente de la placer en Ehpad, elle prend la fuite. Tout ce beau monde finit par se retrouver dans un camping à Vierzon.
Dans cette cavale, Anthony, se retrouve malgré lui à jouer le rôle du petit-enfant de Thérèse. Cette relation quasi-filiale, totalement inédite pour lui, va profondément le transformer.
Le concept de cette comédie noire est clair : un tandem de protagonistes fuit une menace tandis qu'un troisième le devient lui-même. Le roman se déploie ainsi comme une partition où chaque personnage, haut en couleur, fait avancer l'histoire. La mécanique de "tresse" fonctionne à merveille, car chaque action ou décision d'un protagoniste, qu'elle soit fortuite ou volontaire, a un impact direct sur la vie des deux autres.
Portée par cette dynamique, l'intrigue progresse à un rythme effréné, tout en distillant des petites touches de fable humaniste et sociale, chères à l'autrice, également sociologue, en plus d'être romancière. Le lecteur suit avec bonheur ce règlement de comptes aux airs de western contemporain au camping de Vierzon. Les personnages sont touchants, la construction est savamment maîtrisée et le récit mêle avec brio humour noir et tendresse. C'est absolument jubilatoire !
L'agent, de Pascale Dietrich, 8 euros, Editions J’ai Lu.