“L’ange de Manhattan”, héroïne des vulnérables

Par Gabriel Marellec, avec le concours de Bénédicte Flye Sainte Marie

Dans un nouveau roman passionnant, Ludovic Miserole, écrivain féru d’Histoire à qui l’on doit des opus comme Les crimes du marquis de Sade : l’affaire Rose Keller et Rosalie Lamorlière, dernière servante de Marie-Antoinette met en lumière Etta Angel Wheeler, une anonyme à l’âme généreuse qui consacra son existence aux plus démunis.

Le récit se passe en 1873, au moment de la première Grande Dépression, période qui a rimé avec la plus grande crise économique jamais traversée par les Etats-Unis au XIXème siècle. Touchés de plein fouet par les difficultés et les prix qui plongeaient, l'agriculture, l’industrie alimentaire et bien d’autres secteurs laissèrent beaucoup de travailleurs sur le carreau. Le chômage monta jusqu’à des niveaux jamais atteints. Dans ce contexte, une femme, Etta Angell Wheeler, voulut épauler celles et ceux qui en avaient le plus besoin. Missionnaire méthodiste à la Mission Saint-Luc pour les pauvres de New-York, mariée à Charles Wheeler, un journaliste, elle décida en accord avec son époux de ne pas avoir d’enfants afin de pouvoir investir tout son temps et son énergie pour les personnes qui étaient frappées au sein de sa paroisse par la misère la plus sombre, notamment aux plus jeunes d’entre eux.

Dans l’ouvrage de fiction, largement inspiré de son véritable parcours, que lui voue le conteur hors pair qu’est Ludovic Misérole, on suit tout particulièrement son combat pour essayer de sauver une petite fille de neuf ans, Mary Ellen Wilson, le corps marbré des plaies et de cicatrices, qui subissait dans son foyer des sévices atroces et inconcevables. Face à l’innommable, à l’insupportable, Etta Angel Wheeler tenta l’impossible pour qu’on la retire à ses proches maltraitants et qu’elle soit prise en charge par les services sociaux. Mais on lui objectait qu’on ne pouvait pas s’ingérer dans les affaires familiales, censées être privées....

Après des longs moins de lutte, la mère de Mary Ellen, fut enfin reconnue coupable de tentative de meurtre et ce drame aboutit, l’année d’après, à la création de la Société de New York pour la prévention de la cruauté envers les enfants, à une époque où aucune loi n’était encore en vigueur pour les protéger. L’auteur, Ludovic Misérole, a fait sur cette personnalité et concernant cette époque où l’humain a été capable des pires atrocités, un travail de documentation remarquable, pour dépeindre au plus près l’une et l’autre. Il redonne chair, avec brio, à travers ses lignes, à un cœur pur, qui a sublimé sa vie pour prêter secours à son prochain.


L’ange de Mahanttan, 19, 90 euros, Editions Belles Feuilles (en vente sur Le Club France Loisirs)

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