“Dites-lui que je pense à elle”, message à l’absente
Par Patsy Monsoon
Le journaliste et animateur de Bonjour! La Matinale TF1 reprend la plume, après Heureusement qu’elle n’a pas souffert, qu’il avait consacré à sa mère, pour redonner chair dans un livre émouvant à sa cousine Nathalie, victime d’un meurtre alors qu’elle était adolescente ; une affaire qui avait été alors complètement obombrée par celle du petit Grégory.
Féminicide. Un mot aujourd’hui tristement courant, mais qui n’existait pas encore dans les années 1980. En 1984, pourtant, les faits sont là. Nathalie, quatorze ans, est tuée par Alfred, vingt-neuf ans, incapable d’accepter que cette relation, à sens unique, n’ait pas d’avenir.
Le crime a lieu en région et fait très peu parler de lui ; la presse étant focalisée sur l’affaire du petit Grégory assassiné deux jours plus tôt.
Quarante ans plus tard, elle réémerge par un autre biais. Nathalie était la cousine de Bruce Toussaint. Passionné de faits criminels, il décide de revenir sur ce drame familial avec un livre intitulé Dites-lui que je pense à elle.
Le point de départ est un article conservé par sa grand-mère, qui a été retrouvé en vidant sa maison après son décès. À partir de là, l’auteur se lance dans une démarche personnelle, assumant le rôle d’enquêteur et de narrateur, sans artifice ni effet de manche.
Pour débuter, il obtient l’accord et le témoignage de Nelly, la mère de Nathalie, figure centrale de son roman. Puis il se rend sur les lieux, contacte des proches de la victime et consulte les archives en se replongeant dans le procès qui s’est déroulé à l’époque. Le livre oscille ainsi entre deux temporalités : la France de 1984, avec des mises en abîme de la France de l’époque, et celle d’aujourd’hui, avec les investigations en elles-mêmes.
L’ensemble donne naissance à un récit d’une grande sensibilité, profondément humain, marqué par une réelle pudeur. Les faits sont exposés sans jugement, sans volonté de choquer ni de séduire. C’est un livre dépourvu de voyeurisme ou de volonté de récupérer le drame de la part de Bruce Toussaint. Il s’inscrit juste comme un hommage, au nom de Nathalie et de toutes celles dont l’histoire est restée en marge.
L’écriture est sobre, sincère, sans « chichi ». Le texte se lit rapidement, mais laisse une empreinte durable et, malgré un format court, l’impact est fort, souvent bouleversant. Il rappelle que certaines destinées, même longtemps ignorées, méritent d’être racontées quand cela est réalisé comme ici avec justesse et respect.
Dites-lui que je pense à elle , de Bruce Toussaint, 18,50 euros, Editions Stock