“La part absente”, une lettre à ce qui est amputé

Par Patsy Monsoon

Interrogeant à nouveau la filiation et les origines, après l’émouvant Kaddour qu’elle avait consacré à son père, l’actrice et autrice Rachida Brakni place au centre de son deuxième roman, Karina, qui a francisé son prénom pour rayer de la carte son passé familial et qui va le voir ressurgir au détour d’une exposition consacrée aux violences de guerre faites aux femmes. Un livre, s’enrichissant d’autres voix que la sienne au fil du récit, qui donne aussi l’occasion d’évoquer les exactions commises pendant la guerre d’Algérie.

En changeant une seule lettre dans son prénom, peut-on changer son destin ? C’est en tout cas ce que pensait Karima en remplaçant le M par un N pour devenir Karina. Pour elle, c’est le début d’une nouvelle vie, une famille « bien comme il faut » et un travail dans le milieu artistique, où elle est reconnue. Une ascension sociale dont elle est persuadée qu’elle n’aurait pas été possible sans cette infime modification.

Ce secret, elle le porte seule comme un lourd fardeau. Même son mari Vincent n’est au courant de rien. Il ignore par ailleurs tout de sa belle-famille, qui a rompu le contact lorsque Karina a voulu prendre son envol. Mais il suffit d’une simple photo pour que tout soit bouleversé et que les choses enterrées reviennent à la surface.

Cela donne lieu à une séquence hypnotique et très prenante, qui nous entraine dans le même tourbillon que Karina. L’autrice y démontre une fois de plus son talent pour décrire des moments forts, presque cinématographiques. Au fil des pages de La part absente, on rencontre une autre scène particulièrement éprouvante à lire, liée aux horreurs de la guerre d’Algérie.

Changée à jamais par ces révélations, véritables bombes à retardement venues la heurter de plein fouet, la vie de Karina va prendre une autre direction. Les découvertes seront aussi nombreuses pour le lecteur que pour l’héroïne, qui réalise qu’elle ne connaissait pas toute l’histoire de sa famille.

S’appuyant sur thèmes puissants comme la famille, le racisme et la quête d’identité, Rachida Brakni livre un roman touchant et intense. Un livre de la rentrée qui ne laisse pas indifférent et qui continue d’infuser après avoir été refermé...

Couverture du livre - La Part Absente

La part absente de Rachida Brakni, 20 euros, Editions Stock

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