“Mauvaises mères”, la fête de trop

Par Patsy Monsoon

Dans ce roman haletant que l’on doit à l’autrice américaine Kelsey Cox, très habile cheffe d’orchestre en matière de psychologie et de suspense, l’anniversaire d’une adolescente célébré avec faste dans une demeure cossue va basculer dans la tragédie et faire imploser son petit monde fait de strass et d’apparences.

Certains thrillers ont cette capacité à happer immédiatement la lectrice ou le lecteur. Celui-ci en fait clairement partie. Tout débute avec l’installation d’une famille, les Matthews, dans une maison qui, malgré ses atours luxueux, n’en a pas moins la réputation d’être le siège d’une malédiction. Pas de quoi impressionner Ethan, le père, auquel son métier de psychiatre a appris à résister aux superstitions. Pour fêter les seize ans de Sophie, la fille qu’il a eue avec Kim, sa première épouse, celui qui s’est remarié depuis avec Dani dont il a eu un second enfant, lui organise une soirée grandiose. Mais les agapes vont rapidement virer au drame lorsqu’une personne va choir du haut d’un balcon et aller terminer sa course sur la piste de danse, située en dessous...

Très classique, ce point de départ ne doit pas décourager celles et ceux qui s’immergent dans Mauvaises mères car il sert ensuite une construction narrative bien plus ambitieuse et surprenante qu’elle n’en avait l’air dans les prémices de l’histoire.

Le récit adopte une forme chorale, multipliant les points de vue avec grande maîtrise. Chaque personnage, qu’il soit adulte, adolescent ou membre du personnel, a sa place et apporte un élément essentiel à l’ensemble. Chacun dissimulant une part de vérité qui nourrit progressivement l’intrigue. Très vite, le doute s’installe et les pistes se multiplient, amenant à revoir sans cesse ses certitudes jusqu’à un dénouement difficile à anticiper.

L’un des points forts réside dans le rythme ingénieux choisi par l’autrice pour nous délivrer les diverses informations. Kelsey Cox le maîtrise parfaitement, distillant les indices avec précision et uniquement quand elle le souhaite. Ce contrôle du tempo renforce l’efficacité du récit et y maintient une nervosité constante, dans une atmosphère teintée de suspicion où tout et tout le monde semblent pouvoir basculer à chaque moment. Porté par cette tension continue et une construction solide, Mauvaises mères s’impose, au terme de la lecture, comme un roman marquant du genre.


Mauvaises mères, de Kelsey Cox, 22,90 euros, Editions Hachette Fictions collection Black Lab

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