“Toutes les vies”, fragments d’un cœur qui vibre

Par Anne-Sophie Campagne

Ode à l’amour et à la littérature, Toutes les vies, le premier roman de la chanteuse et DJ Rebeka Warrior est un récit qui ne laisse pas indemne. Juste, sensible et écrit à la première personne, ce livre qui a reçu le Prix de Flore 2025 suscite à la fois la réflexion et l’émotion.

Au cœur de Toutes les vies, il y a Pauline, l’amour de la vie de Rebeka, atteinte d’un cancer qui lui deviendra fatal, qui passe par toutes les étapes de la souffrance puis de la déchéance sous le regard impuissant de son âme-sœur, présente tant bien que mal, jusqu’au bout. Jean Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Hervé Guibert, Marc Aurèle, André Gide, Herman Hesse… Les références littéraires s’y enchainent au fil des chapitres avec une seule et unique intention, celle d’illustrer avec la précision d’un peintre et la sensibilité d’un poète, la tempête intérieure que subit l’autrice à partir du moment où lui est faite l’annonce de la maladie de sa femme.

Possédée, torturée, vidée, l’autrice raconte ses états d’âme et confie son mal-être au fil de l’avancée de ce crabe qui tente de séparer ce couple uni et complice. Grâce à des extraits de son journal rapportés à des citations d’œuvres littéraires (Les mots, A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Le loup des steppes…), Rebeka Warrior nous fait pénétrer dans son esprit tourmenté, plonger dans sa tristesse et nous emmène avec elle dans ses combats désespérés. La drogue, l’alcool, le jeûne, le bouddhisme… Ses diverses tentatives de guérison, ses multiples échappatoires ne suffisent pas à éteindre sa dépression ni à résoudre ses incompréhensions. Un sentiment d’injustice et une colère intérieure impriment toutes les pages, qui résonnent comme un constant appel au secours.

Avec un style direct et soigné, un langage franc et imagé, Rebeka Warrior alterne la chronique quotidienne des différentes phases de la maladie et les réflexions profondes sur le sens de l’existence et sur les moyens de survive. Les croyances et les addictions prennent toutes leurs places sans occulter les aspirations littéraires et les talents artistiques de l’autrice et narratrice. L’amitié est également au cœur de ce roman touchant et violent à la fois.

Le lecteur, tenu en haleine, se retrouve en totale immersion dans les méandres de la pensée de la créatrice, porté par ses phrases tantôt mélodiques, souvent poétiques et parfois crues. Toutes les vies ne laisse personne indifférent… Sa sensibilité, sa dimension universelle, sa sincérité suscitent l’attachement voire l’identification. Et énonce l’inexprimé de ce que l’on a tous éprouvé, un jour ou l’autre, face à l’amour, la maladie et la mort.


Toutes les vies, de Rebeka Warrior, 20,90 euros, Editions Stock

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