L’équipe LMQPL : l'interview carte postale de Bénédicte Flye Sainte Marie
Propos recueillis par Géraldine Wiart, avec l'aide d'Odile Lefranc
Autrice de plusieurs ouvrages, journaliste en presse magazine, Bénédicte Flye Sainte Marie est à l’origine, avec Anne Bezon, de Le Moins Qu’on Puisse Lire sur lequel elle veille, tout comme sur son équipe, avec passion. Son engagement est total, dans son travail comme dans sa vie et elle insuffle à ce média toute son énergie. Et parce que l’été n’est peut-être déjà plus qu’un souvenir, sa carte postale ensoleillée nous invite à savourer l’automne avec enthousiasme.
Si Le Moins Qu'on Puisse Lire était une destination, où nous emmèneriez-vous ?
Sachant qu’à Le Moins Qu’on Puisse Lire, on adore qu’on nous raconte des histoires, on aime bien en écrire également - l’équipe compte plusieurs romancièr(e)s, je crois que j’opterais pour Dublin, qui est un endroit que j’ai adoré et qui a une aura avec laquelle peu de lieux peuvent rivaliser. Les monuments, la musique, la gastronomie, le passé qui affleure, Trinity College et sa bibliothèque monumentale, l’esprit de mon Oscar Wilde tant chéri et de James Joyce qui flotte dans l’atmosphère, tout y convoque un imaginaire extraordinaire. Je vous recommanderais bien de vous y rendre dans un petit musée, désuet mais passionnant, le Dublin Writers Museum, mais je crois qu’il est désormais fermé. Pour l’anecdote, on m’y a fait entrer gratuitement parce que je suis rousse !
Quel lieu vous donne instantanément envie d'écrire ?
Les villes en général, contrairement à beaucoup d’écrivaines et d’écrivains qui sont inspirés par la nature. Moi, j’aime le monde urbain et son effervescence, j’apprécie d’y déceler les strates des vies passées, m’imaginer comment à quoi ressemblaient ces femmes, ces hommes et ces enfants qui se croisaient autrefois dans les ruelles étroites que je traverse. J’adore d’ailleurs les maisons d’écrivains, comme la Villa Arnaga d’Edmond Rostand à Cambo-lesBains ou les musées qui reconstituent la vie quotidienne des siècles passées, tel que le Tenement Museum à New-York. Dans un autre genre, Ellis Island m’a aussi littéralement renversée car j’avais l’impression de sentir l’âme de tous les immigrants qui avaient foulé son sol. Ces visites m’inspirent d’ailleurs souvent des idées de livres.
Quel livre a changé votre vie ?
Il y en a énormément à vrai dire, à commencer, toute petite, par Charlie et la chocolaterie de Roal Dalh, que j’ai dû lire cent fois, alors que je ne relis jamais aucun livre. Pour moi qui suis accro à ce délice tombé du ciel, c’était une évocation du paradis ! J’ai en revanche été traumatisée par le film de Tim Burton, que j’ai trouvé très moche et éloigné de l’univers que je m’étais représenté en lisant ce roman. Adulte, je crois que celui qui m’a fait, psychologiquement, prendre un virage, c’est Toutes les familles heureuses d’Hervé Le Tellier. Ça m’a montré qu’on n’est pas responsable des manques et mal-aimances familiaux et qu’on n’a pas à les porter comme des fatalités ou des fardeaux.
Comment la lecture nourrit-elle vos romans ?
Je pense qu’elle le fait de manière plus inconsciente que consciente. Je suis persuadée que mes lectures “sédimentent” en moi depuis toujours et ont fait de moi ce que je suis. Parfois, ce que je lis me montre une voie à suivre, comme Florida d’Olivier Bourdeaut, qui m’a montrée que les héros et héroïnes avaient le droit de ne pas être sympathiques du tout, voire d’être irrécupérables. Parfois, je relève aussi chez certains des tics de langage que j’essaie ensuite d’éviter, sans toujours y arriver.
C'est un pari fou de co -créer un média littéraire. Comment vous est venue l'idée de lancer Le Moins Qu'on Puisse Lire ?
Il me semblait tout simplement qu’il y avait un chainon manquant dans la presse en matière de littérature. Je travaillais dans de multiples domaines en tant que journaliste, mais pas dans celui-ci et j’ai eu envie de lancer un site qui permette de l’évoquer - sachant que c’est une passion constitutive pour moi-. Je souhaitais aussi aller à contre-courant de ce qui se fait beaucoup : j’aspirais à ce qu’on parle de littérature avec simplicité, bonne humeur et sans élitisme, snobisme et esprit de castes concernant les écrivains. Et je tenais à ce que soit adossé à un univers frais et coloré, compatible avec les réseaux sociaux.
Le Moins Qu'on Puisse Lire a 20 ans demain : quel cadeau lui offririez-vous ?
Ne faites pas grandir cet enfant trop vite, s’il vous plait, il n’a qu’un an et demi pour l’instant et je ne suis pas pressée qu’il s’émancipe, même s’il me prend du temps ! Mais je crois que lorsqu’il soufflera ses vingt bougies, je lui offrirai des tonnes de livres et des étagères du plancher au plafond, comme à Trinity Collège, pour les ranger.
Vous retrouverez Bénédicte Flye Sainte Marie sur www.lmqpl.com, sur L’Insta de Le Moins Qu'on Puisse Lire et ses comptes Instagram et LinkedIn