Lisa Balavoine nous parle d’ “Ecarlate ”
Propos recueillis Bénédicte Flye Sainte Marie
L’autrice d’Eparse et de Ceux qui s’aiment se laissent partir a vécu comme une révélation la découverte du récit incandescent et sublime de Christine Pawlowska, écrivaine au destin de comète disparu il y a trente ans. Elle évoque pour nous ce livre avec émotion.
« “Jamais, jamais je ne deviendrai adulte”. Cette première phrase, je la découvre en 2014, à la faveur d’une réédition de l’Editeur Singulier sur lequel je tombe un peu par hasard sur internet. Cette première phrase ouvre le roman Écarlate, un premier roman écrit par une inconnue, Christine Pawlowska et publié pour la première fois en 1974, année de ma naissance. Cette lecture est un éblouissement : je découvre une langue directe, frontale, sans artifice. Je découvre également une voix, celle d’une jeune femme qui raconte son adolescence et la fin de l’enfance. Je découvre enfin un rapport à l’écriture, viscéral, d’une intensité folle. Christine Pawlowska écrit comme si elle courait, comme si elle tentait de s’échapper d’un monde ou d’inventer le sien. Je me sens des liens avec elle lorsqu’elle évoque la perte de l’insouciance, ses premiers émois mais surtout sa mère à propos de laquelle elle écrit : “ Et je me disais que seule une très grande douleur avait pu la rendre si belle, mettre une si poignante beauté dans la joie tremblante de ses yeux verts”. J’ai l’impression alors de lire la mienne entre les lignes.
En 2014, je lis ce texte en un seul souffle, c’est un texte court, c’est un texte qu’on ne quitte pas. Je le garde ensuite près de moi comme un trésor et n’en parle à personne. À l’époque, je ne cherche pas à en savoir plus sur l’autrice. Je sais que c’est son seul roman publié, un coup d’éclat, une petite bombe, un bijou oublié. Je range ce livre dans ma bibliothèque mais il ne quitte pas mes pensées.
Deux ans plus tard, en 2016, j’écrirai mon premier roman, Éparse et la première phrase sera : « Enfant, je n’avais pas envisagé de devenir une personne normale ». Ce n’est qu’aujourd’hui, en relisant le roman de Christine Pawlowska qui vient d’être réédité aux Editions du Sous-Sol, que je mesure à quel point cette lecture m’a accompagnée pendant l’écriture de mon propre texte. Un titre en un seul mot qui résume la femme qui écrit. Une première phrase qui dit tout de la difficulté d’être au monde et la peur de faire partie d’un système qui ne semble pas être le nôtre. Un texte bref qui n’épargne pas la réalité. Un texte écrit comme une profonde nécessité. Je dois beaucoup à Christine Pawlowska et elle ne le saura jamais. Merci de me donner ici l’occasion de la remercier.”»
Ecarlate, de Christine Pawlowska, préface de Blandine Rinkel, 13 euros, Editions du sous-Sol