Sidonie Bonnec “L’écriture est le seul territoire qui n’appartient qu’à moi et où je suis totalement libre.”

Par Bénédicte Flye Sainte Marie

L’autrice de La fille au pair réussit un nouveau tour de force avec son deuxième roman La femme effacée. Elle y livre une intrigue oppressante où sont jetées des passerelles entre le présent, nous immergeant dans la vie de Candice, une prête-plume et jeune mère de famille au bord de la rupture nerveuse et la tragique histoire de Blanche, une aristocrate du XVème siècle, dont on a brutalement étouffé les désirs et la liberté.  

Vous parvenez à marier dans La femme effacée des genres littéraires qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir associés, le thriller psychologique avec la description d’une emprise et l’enquête historique. Est-ce ainsi que vous l’aviez conçu dès le départ ou vous-vous êtes-vous laissé surprendre par la trame qui s’est construite ?

Oui, j’ai vraiment souhaité qu’il y ait deux périodes et deux femmes qui se répondent, afin de montrer que leurs destins ne variaient malheureusement pas beaucoup d’une époque à l’autre. Car il y a entre Blanche et Candice une forme de parallélisme malgré le temps qui les sépare. Elles se donnent la main à travers les siècles.

Comment écrivez-vous, dans quel cadre ? Un écrin particulier vous est-il nécessaire pour que l’inspiration jaillisse ?

Quand je ne tourne pas mes émissions, je profite des journées d’école de mes enfants pour écrire. J’ai justement arrêté la radio pour pouvoir m’y consacrer. J’ai absolument besoin d’être seule pour me livrer à cet exercice ; ce que je fais soit dans un petit studio qui est en dessous de notre appartement... soit dans mon lit ! Il me faut du silence, une ambiance magnifiquement calme et de toute façon un plaid et du thé (rires).

Peut-on dire que, dans votre récit, cette pluie constante, poisseuse, qui ne laisse aucun répit est comme une métaphore de l’ébrèchement mental de votre héroïne ? On remarque d’ailleurs que son évocation s’atténue au fur et à mesure que Candide va progresser dans la connaissance de son histoire...

Oui, c’est un peu son état psychologique en miroir, mais c’est aussi un élément qui crée et entretient son angoisse. Je me souviens qu’il y a eu l’an dernier à Paris un épisode de pluies diluviennes qui a duré six jours. Au début, on trouve ça amusant mais on réalise à la fin qu’on a passé une semaine absolument atroce. Ce qui est peut faire peur aussi, c’est qu’avec le dérèglement climatique, ce genre d’épisode va devenir la norme. Ça me semblait donc judicieux de plonger Candice dans ce genre d’atmosphère.

Vous superposez dans ce roman les registres, entre une langue assez érudite et une autre beaucoup plus concrète et quotidienne ? Pourquoi avoir fait ce choix ?

J’ai voulu qu’il soit assez familier pour Candice et plus soutenu pour Blanche, qui était une femme éduquée, une intellectuelle. C’est pour ça que j’ai fait beaucoup de recherches sur l’ancien français. J’ai veillé ensuite à l’adapter, parce qu’il fallait que cela reste malgré tout compréhensible. J’ai cherché à me mettre complètement dans la peau de cette femme.

“Je suis persuadée qu’il n’y a pas de grand écrivain qui ne soit pas aussi un grand lecteur”.

Au cours de l’intrigue, vous mentionnez plusieurs fois les lectures de Candice, notamment Où vivaient les gens heureux de Joyce Maynard. Est-ce que ce sont les vôtres ? Etes-vous une grande lectrice et revendiquez-vous en tant qu’écrivaine d’être nourrie par toute cette masse romanesque que vous absorbez ?

Oui, je lis comme une dingue et ceci, depuis toute petite. La seule phase où je l’ai un peu moins fait, c’était quand mes enfants étaient tout petits. Et je suis persuadée qu’il n’y a pas de grand écrivain qui ne soit pas aussi un grand lecteur. Candice n’est pas moi mais j’aime lui “prêter” mes goûts. Comme elle, j’adore Jean-Baptiste Andréa et Joyce Maynard. Je lis davantage de la littérature générale que du thriller car ça me détend de lire ce que je n’écris pas !

Il y a une idée qui infuse également votre texte, c’est que le fait d’être femme est une menace en soi. Pour vous, la fiction et l’évocation du passé peuvent-ils être un véhicule pour décrire certaines réalités très actuelles, notamment le contrôle exercé sur nos corps ?

L’écriture est le seul territoire qui n’appartient qu’à moi et où je suis totalement libre. Je peux en profiter pour être le porte-voix de certaines causes, de certaines histoires, sans que jamais je ne sois censurée par mon éditrice. Et je suis femme à 3000 %, très consciente des souffrances par lesquelles on passe. Je veux donc me servir de cette chance que j’ai d’être lue pour porter des idées fortes. Scruter mon reflet ne m’intéresse pas.

Si vous deviez rédiger un livre à quatre mains avec un grand nom de la littérature française ou étrangère, vers qui iriez-vous ?

J’hésite entre plusieurs d’entre eux. Je pense à l’autrice franco-suédoise Johana Gustawsson. Je l’ai déjà rencontrée et je pense que nous avons des univers assez similaires. Et j’aimerais beaucoup écrire également avec Tatiana de Rosnay. J’adorerais enfin collaborer avec Stephen King, mais la chose me parait peu probable. Mais qui sait ?

Votre statut d’animatrice télé fait que vous bénéficiiez déjà d’une très large exposition, bien avant de devenir autrice à succès. Qu’est-ce qui fait que vous avez eu cet appétit envers la profession d’écrivaine ?

Je n’avais pas besoin de notoriété mais j’avais besoin de rencontres. Depuis trois ans, je sais à quoi sert mon Instagram parce que j’y passe beaucoup de temps à dialoguer avec des lectrices et lecteurs. Or, la possibilité d’avoir ces échanges, je ne l’avais pas avec mon autre métier.

Pour finir, quel livre en format poche nous recommandez-vous ?

Des diables et des saints, de Jean-Baptiste Andréa, qui est une merveille et que j’ai autant aimé que son Goncourt Veiller sur elle.

La femme effacée, de Sidonie Bonnec, 22, 90 euros, Editions Albin Michel.

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