François Coune “ Je cherche à générer une petite étincelle dans la tête des gens”
Par Bénédicte Flye Sainte Marie
Le trentenaire belge, qui est le créateur de contenu francophone le plus suivi de la planète Bookstagram, promeut sur son compte Livraison de mots une vision de la lecture joyeuse et décomplexée et combat les a priori sur ce que serait la bonne ou la mauvaise littérature. Un enthousiasme communicatif qui lui vaut d’être suivi aujourd’hui par près de 120 000 abonnés et qu’il partage avec Le Moins Qu’on Puisse Lire.
Qu'est-ce qui vous a conduit, au commencement du commencement, à créer Livraison de mots ? Aviez-vous une idée précise de ce que vous vouliez transmettre à celles et ceux qui vous lisaient ?
Il est né dans la nuit du 17 au 18 mars 2018, au moment où j’ai achevé mon travail de fin d’études sur les booktubeurs. L’idée venait de mes amis, qui m’ont suggéré de créer ma chaine YouTube. C’était le moment où Instagram montait en puissance et je me suis dit “Pourquoi je ne chercherais pas des gens pour partager ma passion ? On verra ce que ça donne”. Ça s’est développé ensuite avec le temps, avec certains épisodes qui ont constitué des coups d’accélérateur, comme l’article dans lequel Cosmopolitan a fait un recensement des comptes à suivre. J’ai eu la chance aussi que la chanteuse Angèle parle de moi il y a six ans. Mais au départ, j’avais juste en tête de créer un “objet” autour de mon amour pour les livres et la lecture et d’échanger autour de ça, de transmettre. Je ne montrais même pas mon visage. C’est venu petit à petit que je l’incarne...
Votre principal cheval de bataille est-il de dire, comme nous le pensons également au sein de la rédaction de Le Moins Qu’on Puisse Lire, qu'il n'y a pas d’un côté une littérature qui est noble, le reste qui ne le serait pas. La seule chose qui compte n’est-elle pas de lire ?
Oui, c’est quelque chose que j’exprime beaucoup sur les réseaux sociaux, Je reçois encore des messages pour m’expliquer que je ne devrais pas parler de romans comme La femme de ménage, que ce n’est pas de la littérature. Or, je suis persuadé qu’on peut lire aussi bien des Prix Goncourt ou Renaudot que Virginie Grimaldi ou Freida McFadden. Mon propos, c’est de dire que tout le monde peut trouver son livre. Je refuse l’idée, comme on me le répétait quand je lisais du Guillaume Musso, que certains romans ne soient pas de la littérature. Et puis, il ne faut pas oublier que c’est cette littérature dite populaire qui permet de maintenir les librairies en vie. Moi, je cherche dans ce domaine à générer une petite étincelle dans la tête des gens. L’embrasement pourra venir plus tard (rires) !
Avez-vous la sensation que la lecture peut infléchir le cours d'une vie ?
Et comment ! Pour moi, ça a tout changé. Ça m’a aidé à m’accomplir, à grandir, à évoluer, à vieillir. Les livres sont mes meilleurs amis. Ça a modifié mon rapport à plein de choses, notamment à la mort, m’a donné également le droit d’éprouver certains sentiments. Je pense en particulier à un livre Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins d’Alejandro Palomas, Dès que j’ai lu son pitch, j’ai su qu’il m’était destiné ; moi qui me sentais aussi un peu différent, en dehors des cases...
A-t-elle changé également des choses dans votre trajectoire professionnelle ?
C’est au moment du Covid, pendant le confinement, qu’il y a eu un gros basculement. De centaines de personnes supplémentaires s’abonnaient chaque jour à Livraison de mots et les maisons d’édition ont commencé à me solliciter. Aujourd’hui, j’ai le bonheur que ça soit devenu un métier à part entière. Vivre de sa passion, il n’y a rien de mieux. Et aucune journée ne se ressemble. C’est d’autant plus surprenant pour moi que pendant longtemps, je n’ai pas beaucoup lu, que les livres ne sont entrés dans ma vie que vers seize-dix-sept ans.
Votre Insta est aussi un espace où vous délivrez des messages qui vous tiennent à cœur sur la haine en ligne, la richesse qu'il y a côtoyer nos anciens, la lutte contre les idées homophobes, la cause animale etc... Est-ce que ça a fait partie de l'ADN de Livraison de mots dès le départ ?
Non, là aussi, ça ne s’est pas fait tout de suite. J’ai commencé à m’exprimer sur ces sujets quand j’ai compris que ma voix comptait. Mais il y a quand même des thématiques que je ne m’autorise pas à évoquer, comme la politique ou le féminisme, même j’en suis un allié car j’estime que d’autres sont mieux armés que moi pour le faire.
Pensez-vous que la lecture et les livres ont leur rôle à jouer dans le mieux-vivre ensemble ?
Oui, ils sont éclairants. Quoi de mieux que lire pour apprendre et pour comprendre ? Ils peuvent aussi ouvrir le débat. Et les personnes qui lisent ont peut-être l’esprit moins fermé. Mais paradoxalement, les gens de mon entourage lisent très peu, voire pas du tout, et ce n’est pas pour autant qu’ils se situent du côté obscur de la force (rires) !
Vous pouvez retrouver François Coune sur son compte Instagram Livraison de mots. Il est aussi l’auteur du carnet de lecture Lire lire lire - Pile à lire, notes de lecture, recommandations (Editions First) et du livre Et si on se disait des mots ? (Editions Dashbook)