Tatiana Lenté de Banger Littéraire “Il est possible de mélanger le côté un peu “poussiéreux” des classiques avec les codes d’aujourd’hui”

Par Bénédicte Flye Sainte Marie

A la tête d’un compte pétillant, éloquent et érudit lancé il y a à peine quelques mois mais déjà très suivi, cette passionnée de lecture, qui est par ailleurs l’autrice de deux livres Bibliothérapie : 500 Livres qui ré-enchantent la vie et Le journal de mes livres, décode notre époque dans ses vidéos en s’appuyant sur les grands classiques de la littérature.

Banger Littéraire a six mois ! Il fait encore ses premiers pas dans le monde, mais moi j’avais déjà écumé les réseaux sociaux littéraires dans ma prime jeunesse avec Peanut Booker. Depuis la parution de Bibliothérapie : 500 livres qui enchantent la vie, co-écrit avec Héloïse Goy, mon tandem sur notre premier compte livresque, j’avais fait une pause d’entreprenariat littéraire mais pas une pause de lecture !

J’ai créé Banger Littéraire en juin 2025 parce que j’ai réalisé que je pouvais, grâce à lui, parler de littérature à ma façon : pop, impertinente, classique et pourtant ancrée dans les actualités qui nous assaillent quotidiennement. Spontanément, on ne se dit pas que les grands classiques peuvent avoir des résonances en 2026. Or, on y trouve très facilement des analogies.

Mon autre motivation, c’est que j’adore la littérature classique. J’avais envie de la rendre accessible, d'abord aux gens que j’aime (mais qui rechignent à ouvrir des romans et encore plus s’ils n’ont pas été écrits la veille) et enfin, je m’étais dit que l’associer avec l’actualité, amènerait davantage de curieux. Comme on dit en anglais, je “hooke “ les gens (rires).

Comment définiriez-vous l’esprit de Banger littéraire ? Son objectif est-il de comprendre notre temps grâce à la littérature ou de prendre, à travers cette dernière, de la hauteur par rapport à notre époque ?

Les deux ! Mon premier élan, c’était de lire l’époque, qui est pour moi assez anxiogène, avec la littérature. J’ai une relation assez défiante avec l’actualité ; je trouve aussi qu’on est dans une période où on a du mal à accepter la différence raciale, d’opinions, d’orientation et autres. Or, il se trouve que lorsque je parlais d’un livre avec quelqu’un qui l’avait lu aussi, avec qui je n’avais en commun que l’humanité, ça nous rapprochait toujours, nous faisait un dénominateur commun. Quelqu’un qui lit développe plus d’empathie que celui qui ne le fait pas. La littérature déplace les choses sur un terrain plus neutre, plus universel. Ça déshystérise le débat.

Les connexions que vous faites entre des grands classiques de la littérature et les infos du moment s’établissent-elles naturellement ou cela nécessite-t-il un travail de recherche approfondi ?

Pour l’instant, je n’ai pas de mal à trouver de la matière. Quand je vois une news qui m’intéresse, je me fie à mon émotion. Que provoque-t-elle en moi ? L’effroi, le rire, la colère. Si l’émotion est là, je sélectionne l’information. Et ensuite, je la décrypte, j’en donne une grille de lecture “méta” avec un banger (un roman, un poème, ou un livre) que j’ai lu, que j’ai aimé et qui me semble essentiel. Une fois que j’ai suscité l’intérêt avec la “news”, je bifurque vers l’explication du livre (qui est donc, ma visée principale).

En cette période où le développement personnel est roi, ne peut-on pas ou ne doit-on pas préférer lire ou relire les bangers de la littérature pour trouver qui on est et ajuster son rapport aux autres ?

Les uns ne sont pas antinomiques avec les autres. J’ai une vision décomplexée autour des livres : lisons ce qui nous parle. Aimons les livres qui nous le rendent au centuple !

Plus jeune, j’ai lu pléthore de bouquins de cet acabit comme Réveille le géant qui est en vous ou Le pouvoir de l’alter-ego. Et j’ai dévoré Laurent Gounelle. Mais je dois avouer que mon antidote fétiche dans ce domaine, ce sont Les illusions perdues de Balzac (rires). Quand Lucien s’étourdit dans la gloire un peu creuse du journalisme, déambulant en pleine folie des grandeurs sans grandeur… Ça m’aide à ne pas m’embarquer dans les succès faciles et le travail factice. Ce banger me montre ce que je pourrais devenir si j’y cédais. Le développement personnel est un mode d’emploi très affirmatif et universalisé pour réussir et il n’a pas cet aspect empirique qu’ont les classiques.

On sait que les créatrices et créateurs de contenu engagés doivent affronter beaucoup de haine en ligne. Aborder les problématiques sociétales via la littérature vous évite-t-il d’être en butte à ce type de comportements ?

Oui, je crois que la littérature “désépine” et j’ai la chance de ne pas encore avoir été confrontée à ça. Déjà, banger est un gang. Donc tous ceux qui s’abonnent au compte, entrent dans le gang et y participent avec bienveillance, intelligence et élégance. Je mesure ma chance, et en même temps, je crois que c’est un révélateur : les gens qui lisent sont plus modérés, davantage à l’écoute de l’altérité. La lecture donne un rapport à la spontanéité un peu différent et une relation au monde moins conflictuelle.

Si vous partiez sur une île déserte avec un seul livre, ce serait lequel ?

Je crois que j’embarquerais La vie devant soi, parce que je suis obsédée par Romain Gary. Je retrouve dans tous ses livres un cœur qui bat, sa poésie et son espoir désespéré en l’humanité. Ou La Promesse de l’aube. Pour le courage, le panache et sa maman immense qui ressemble à la mienne. Comme vous le voyez, on n’a toujours oujours pas coupé le cordon sur Banger littéraire ! (rires).

Vous pouvez retrouver Tatiana Lenté sur son Instagram Banger littéraire