Maïté Defives de Mademoiselle Lit “ La littérature peut vous faire changer de point de vue si elle vous percute à un moment précis de votre vie”
Par Bénédicte Flye Sainte Marie
Autrice, bibliothérapeute et animatrice de book clubs, cette pionnière de l’univers Bookstagram se déploie sur tous les fronts depuis neuf ans sur son blog et son compte Instagram pour communiquer au plus grand nombre son goût des livres. Rencontre avec une passionnée.
Lorsque vous avez lancé Mademoiselle lit en 2017, aviez-vous dans l’idée de proposer quelque chose de différent de ce qui existait déjà, moins axé sur la tendance littéraire et plus sur la lecture qui réconforte et fait évoluer ?
A l’époque, nous étions tellement peu nombreuses que tout était de toute façon une nouveauté. Ça n’a rien à voir avec aujourd’hui où il faut impérativement se démarquer. Ce qui a marché à ce moment-là, c’est que je parlais de grands noms du monde du livre, comme Éric-Emmanuel Schmitt, Katherine Pancol ou David Foenkinos. Mon credo, c’était aussi que je voulais désacraliser la lecture. Je ne lis pas de classiques, je défends la littérature contemporaine et populaire et j’essaie toujours trouver le bon livre pour la bonne personne.
Quand lire devient un métier, comment procède-t-on pour conserver le plaisir de la lecture intact ? Doit-on alterner les livres que l’on lit parce qu’on doit le faire avec les ouvrages qu’on sélectionne juste pour soi ?
J’ai la grande chance de pouvoir choisir mes lectures, même lorsque je suis dans le cadre d’un contrat avec une maison d’édition. Et ça ne représente qu’un ou deux livres sur la dizaine que je lis par mois. Ce sont généralement des mises en avant de nouvelles parutions.
Vous qui faites vivre la littérature dans l’univers virtuel mais aussi sur le terrain avec vos books-clubs et vos activités de bibliothérapie créative, quelles vertus vous semblent elles avoir dans le monde réel ? Peuvent-elles rapprocher ?
Ce que je constate quand j’anime des ateliers, que ce soit en visio ou en présentiel, c’est que la lecture, qui est par essence une activité solitaire, permet de se retrouver, de créer du lien. D’ailleurs, je tenais un club de lecture quand j’habitais Paris. J’ai déménagé depuis mais je suis restée très proche des personnes qui en faisaient partie. On part deux fois par an en week-end ensemble ! Ça donne également l’opportunité de rencontrer des gens qu’on n’aurait sinon jamais croisés et ça rassemble, même si on a des opinions politiques très différentes. La littérature peut même faire changer de point de vue si elle vous percute à un moment précis de votre vie. Elle apporte enfin des clés et apaise, notamment grâce à l’identification aux héros.
Certains écrivains ont-ils eu pour vous ce rôle thérapeutique, vous ont-ils aidée dans votre rapport aux autres ou à vous-même ?
Le mot est peut-être fort mais ce qui est sûr, c’est qu’Éric-Emmanuel Schmitt m’a fait entrer en littérature, qu’il a fait partie de ma vie pendant dix ans et qu’il l’a bousculée puisque c’est grâce à lui que j’en vis aujourd’hui. J’ai eu d’ailleurs l’occasion de lui en parler. Je pense notamment à son roman Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, que je trouve à la fois drôle, intelligent et plein de sagesse. C’est un texte très bien écrit, court et qui donne donc envie d’aller vers d’autres livres.
Etes-vous partisane de décloisonner les genres en littérature, qu’on ne fasse plus de distinctions entre la littérature “noble” et populaire ? Et est-ce que tout est littérature pour vous ?
Oui, j’ai d’ailleurs encore eu un commentaire récemment à ce propos sur Facebook, qui émanait de quelqu’un qui estimait que le roman que je présentais était de la “littérature de gare”. Je trouve que c’est un manque d’intelligence et de respect et ça me parait très réducteur car on peut aimer Françoise Bourdin et Annie Ernaux. Et je ne lis pas de classiques pour l’instant mais j’y viendrai peut-être un jour.
Vous publiez un ouvrage Carnet de soins littéraires. Est-ce une extension de ce que vous réalisez sur les réseaux sociaux ?
C’est le prolongement des ateliers que j’ai lancés en 2024. J’avais envie que les lectrices – car ce sont très majoritairement des femmes- s'approprient cet objet, qu’elles aient le loisir s’en servir quand elles ont le temps et l’envie et qu’elles puissent, grâce à ce livre, aborder des thématiques plus intimes que celles que je leur soumets en atelier.
Vous pouvez retrouver Maïté Defives sur son Instagram Mademoiselle Lit. Ses deux livres, 100 livres qui changent la vie et Carnet de soins littéraires, 20 ateliers de bibliothérapie à faire à la maison, sont publiés aux éditions Jouvence.