“C’était ça ou mourir”, brûlant récit d’un migrant

Par Odile Lefranc

Avec ce premier roman aux allures de brasier, au sens propre comme figuré, l'auteur québécois d'origine haïtienne signe un témoignage fort sur l'exil et les migrations contemporaines.

C'est le récit d'un homme, Jonas Dorléan, professeur d’histoire-géographie à Port-au-Prince. Son métier était d'enseigner la lecture et la compréhension des cartes, mais quand son quartier s'embrase, il se retrouve du jour au lendemain sans repère, jeté sur les routes de l'exil, pour simplement survivre.

Avec un simple sac d'hypermarché contenant une photo de sa mère, un recueil du poète haïtien et activiste René Depestre et une paire de chaussettes, le voilà parti pour un périple de douze mille kilomètres d'Haïti à la République dominicaine, en passant par le Brésil et l’Amérique centrale, jusqu’au Canada.

Ce roman écrit à la première personne, qui comporte une dimension autobiographique, est le porte-voix de ces vies qui laissent tout derrière elles. Il ne s'agit pas seulement d'exil, mais du devenir migrant, un mot qui s'infiltre dans la chair et qui signifie que tout retour est définitivement impossible.

Étape par étape, le livre donne à voir ces rencontres fortuites, nées du désespoir, et déconstruit les préjugés qui entourent la figure du « migrant », cette vie en marche. Jonas nous entraîne ainsi dans cette marche effrénée pour rester debout. On traverse avec lui les bus, la jungle du Darién et ses horreurs, les illusions et les humiliations d'un système capitaliste qui réduit l'existence à un numéro. On apprend avec lui ce que signifie « avoir de la chance » : éviter une balle perdue, frôler l'ultime désespoir, goûter à la douceur d'un lit après avoir dormi dans la rue.

Au-delà de la structure chronologique du périple, la vraie force du roman réside dans son écriture scandée, presque en rythme ternaire, qui vibre au gré des rectifications (ce n'est pas..., et c'est...). Thélyson Orélien, avec la générosité de son regard, son humour et sa voix de poète, parvient à réveiller la curiosité et l’empathie pour Jonas. C’est tout l’enjeu de l'œuvre : démontrer que ce battement de cœur ne peut se résoudre à n’être rien. On pense à ce très beau personnage de Samson et ses Nike rouges que Jonas croise au début de son périple, qui appelle de ses vœux l'obtention de papiers alors que les espoirs eux-mêmes sont des mensonges. Ayant tout perdu jusqu’à ses baskets, Samson est rassuré de savoir que finalement ce n'était pas lui le problème.

Ce n'est donc pas un hasard si ce livre figure dans la première sélection Du Goncourt et est déjà en lice pour de nombreux prix. Traduit dans vingt langues, ce premier roman est le grand événement de cette rentrée littéraire, mais l’est aussi pour la rédaction de Le Moins Qu'on Puisse Lire...

Couverture du livre de C’était ça ou mourir

C'était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, 21, 50 euros, Editions Grasset


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