"L’adolescence du perroquet" , allégorie cruelle sur la paternité
Par Anne-Sophie Campagne
Dans son nouveau roman, Amélie Nothomb évoque la relation entre un père et son fils, d’un amour inconditionnel à un rejet physique. Plongée dans l’univers fantaisiste de cette autrice à l’imagination sans limite.
D’une salle du Louvre à un salon d’appartement, il n’y qu’un pas qu’Amélie Nothomb nous invite à franchir dès le début de son récit fantasque et poétique. Passionné par le plus beau musée du Monde depuis sa plus tendre enfance, un homme d’âge mûr, chroniqueur pour la radio, relève le défi de recueillir un bébé perroquet (un gris du Gabon, une espèce protégée et très surveillée) puis de l’élever dans les règles de l’art. Soin, alimentation, protection… Ce « père » d’adoption se prend d’une terrible affection pour cet oiseau étrange et malicieux. Sage et curieux, il devient au fil du temps, possessif et expressif voire totalement intrusif.
L’adolescence du perroquet est une métaphore de la relation parentale, précisément celle qui unit un père à son fils, partant de la petite enfance idéalisée jusqu’à l’adolescence tourmentée, en passant par l’enfance passionnée. Le « père » fait son apprentissage au contact d’un « fils » intelligent et calculateur. Il se laisse manipuler par cet « enfant » qui lui prend tout son temps, le prive de liberté et même de relations sociales. Le lien est indestructible mais détruit tout son passage. La relation est inégale et son issue s’avère fatale.
Pour ce nouveau roman, Amélie Nothomb a choisi une approche personnelle pour mettre en scène ses personnages. C’est le « je » qui prend la parole, ce « père » qui domine en apparence… Grâce à son sens du récit inégalable et à son vocabulaire proche de la perfection, l’autrice tente de raconter la longue descente aux enfers, qui découle d’un événement qui fut pourtant heureux dans ses prémices.
A la manière d’une pièce de théâtre, dans un huis-clos captivant, le lecteur est pris par l’enchainement des moments de vie plus surprenants les uns que les autres. Souvent absurdes, parfois grotesques, les épisodes de ce pas-de-deux désaccordé se lisent comme une enquête policière où chaque détail compte et sans savoir jusqu’où elle va nous mener. L’intrigue est mince, le suspense est néanmoins réel et la fin sans surprise…
L’adolescence du perroquet est un merveilleux moment de lecture, à l’image de tous les récits d’Amélie Nothomb : riche en réflexions personnelles, semé de pépites littéraires, propice à la dérive imaginaire. A mi-chemin entre le rêve et le cauchemar…
L'adolescence du perroquet, d'Amélie Nothomb, 18, 90 euros, Editions Albin Michel