Inédits, un éditeur dont vous aurez des nouvelles
Par Marceline Bodier
Peu présent dans les librairies, qui ne lui consacrent pas de rayon, parcimonieusement mise en avant par les médias, trop souvent considéré comme un simple marchepied vers le roman, le genre littéraire de la nouvelle peine à se déployer au pays de Maupassant. Pourtant, elle est au cœur d’un écosystème en plein essor, dont nous parle avec conviction Marie-Line Musset, cofondatrice de la maison d’édition Inédits. De quoi réfuter quelques idées reçues !
Idée reçue n°1 : la nouvelle est un exercice démodé, qu’on pratique pour s’entraîner au roman.
Quel malentendu ! La nouvelle n'est pas un brouillon de roman, mais un genre à part entière, avec ses propres codes, qui exige avant tout un esprit de concision. Et c’est une pratique d’écriture ancienne mais parfaitement adaptée aux lecteurs de notre époque, qui fragmentent leurs lectures pendant leurs trajets ou entre deux rendez-vous.
Idée reçue n°2 : la nouvelle est un genre ultra-confidentiel.
La nouvelle est peut-être moins développée en France que dans le monde anglo-saxon, mais elle est portée par des acteurs qui ne datent pas d’aujourd’hui et continuent de se renouveler : le Goncourt de la nouvelle existe depuis 1974, l'association Tu connais la nouvelle œuvre à sa promotion dans le Loiret depuis 1995, Nous Deux demeure un important pourvoyeur de textes courts depuis son premier concours de nouvelles lancé en 1997, des revues comme Rue Saint Ambroise (créée en 1999) ou Pourtant (lancée en 2019) lui consacrent leurs pages... Et depuis deux ans, une vingtaine d'éditeurs et de revues se sont regroupés au sein du Réseau de la nouvelle. Inédits, la maison cofondée par Marie-Line Musset, en fait partie.
Idée reçue n°3 : une maison d'édition de nouvelles doit se contenter... d’éditer des livres de nouvelles
Lorsque Marie-Line Musset et Florence Euverte ont fondé leur maison il y a dix ans, elles l’ont adossée à une plateforme d'écriture collaborative, Les Arbres Inédits. Le principe est de permettre à des groupes d'écrire ensemble un ouvrage que la plateforme maquette automatiquement et qui peut ensuite être imprimé. Écoles, entreprises, familles, clubs de lecture ou ateliers d'écriture peuvent ainsi garder une trace de leur projet collectif (recueil de nouvelles issues d’ateliers de lecture, livre d’entreprise, livre de souvenirs familiaux...). Ainsi, les revenus des Arbres Inédits assurent l’équilibre financier de la maison d’édition, qui peut fonctionner classiquement à compte d’éditeur.
Idée reçue n°4 : une nouvelle ne mérite pas un livre à elle seule.
Si Inédits publie des nouvelles, ce n’est pas pour les cacher au sein de recueils au motif qu’il faudrait atteindre un calibrage minimal ! La maison a souvent publié des textes uniques, que ce soient des nouvelles ou des novellas. Et elle ne livre pas les auteurs à eux-mêmes. Dans la collection Résonances, un premier auteur écrit un texte, qui est transmis à un second, et cherche à entrer en résonance avec son prédécesseur. Leurs voix sont ensuite réunies dans un court volume. Cela permet une expérience de lecture complète, plus troublante qu’un recueil où la recherche d’un fil conducteur semble parfois artificielle.
Idée reçue n°5 : pour exister, la nouvelle ne peut compter que sur les librairies
Payer un diffuseur lorsqu’on est une très petite structure est difficile, mutualiser la diffusion l’est tout autant, entre entités de tailles trop différentes. Inédits est une maison auto-diffusée, peu présente en librairie, absente des mastodontes en ligne – par choix. Avec le Réseau de la nouvelle, la maison a suivi un autre chemin : multiplier les occasions de se rencontrer et de se rendre visible en s’associant à des partenaires prestigieux. Journée de la nouvelle en 2025 dans les locaux de la SGDL, marché de la nouvelle en mai 2026, soutenu par la mairie du 5ème, avec des lectures publiques et des ateliers d'écriture proposés par Aleph... et ce n’est que le début de l’histoire !
Idée reçue n°6 : les événements ne sont là que pour faire vendre des livres.
La maison Inédits organise depuis plusieurs années des ateliers d'écriture olfactifs, au cours desquels les participants écrivent à partir d'odeurs : tout le monde a sa madeleine et partir à sa rencontre peut produire des effets... inédits. Sur cette idée, s'est greffé un concours de nouvelles olfactives, Fleurs muettes, qui récompense un texte inspiré d’un thé créé spécialement pour l’occasion, grâce à une initiative menée de front avec la maison de thé Sanskriti Collection. Le premier prix est une place offerte en résidence d'écriture près de Nîmes, ouverte à d’autres participants payants. Autant de démarches qui font de la nouvelle un vecteur qui permet de se rencontrer à travers et autour de l’écriture.
Pour en savoir plus : rendez-vous sur le site des éditions Inédits