Rentrée littéraire 2026 : le deuxième tour de piste de Le Moins Qu’on Puisse Lire

Par Odile Lefranc

Les maisons d'édition indépendantes apportent un souffle nécessaire à ce grand-rendez vous et continuent de tracer des voies de traverse indispensables à la diversité éditoriale. La rédaction de LMQPL a retenu dix titres qui risquent de secouer la saison automnale. Des textes forts, portés par des structures qui font entendre des voix singulières.

Cette rentrée se caractérise par une exploration frontale, mais d'une grande pudeur, des violences systémiques et des questions d'identité. Les éditions Inculte continuent ainsi de donner le la avec Dominique Sigaud, qui livre avec Pute Vierge un récit puissant sur les violences sexuelles faites aux femmes en partant de sa propre expérience. C'est une autre forme d’agression, plus sourde et psychologique, que déploie Julia Kerninon dans La Dernière des Wilberforce (Éditions de l'Iconoclaste) ; à travers une narration chorale, elle met en scène une galerie de personnages confrontés aux répercussions quotidiennes des secrets de famille et des traumatismes du passé. À ces meurtrissures infligées aux corps et aux âmes, d'autres opposent la notion de fluidité. C'est le cas d'Emmelene Landon dans Amphibienne (Éditions du Sous Sol), un texte expérimental qui s'affranchit des frontières de genre et de nature.

Cartographies de la mémoire et de l’exil

L'actualité internationale et l'Histoire résonnent à travers le prisme de l'exil et des destins politiques. Conçu au lendemain du 7 octobre 2023, après un retour de Beyrouth, Sauf la frontière d'Elisa Shua Dusapin (Éditions Zoé) se présente comme un carnet de voyage qui convoque autant l’intime que le politique sur les tensions du Proche-Orient. Dans cette même exploration des déracinements et des trajectoires géopolitiques, les Éditions Philippe Rey publient un nouvel opus de Jeanine Cummins. Parle-moi de chez nous (traduit par Christine Auché), une saga familiale qui s’étend sur trois générations de femmes portoricaines. On retient également chez le même éditeur Le dernier présage de Maxim Schwartz. À vingt-sept ans, l'auteur signe un premier roman sur la figure historique hors du commun de Victoria Woodhull, première femme candidate à l’élection présidentielle américaine en 1872.

Trajectoires contemporaines

La fiction s'empare également du réel par le biais du genre, du suspense et de l'ironie. Maria Reva signe avec Dernier spécimen connu (Éditions Dalva, traduit par Nathalie Bru) un premier roman satirique. À travers le parcours de deux jeunes femmes dans une agence de rencontres ukrainienne, elle démonte les rouages de l'exploitation moderne. Dans une veine plus sombre, Les Agitées de Camille Zabka (Éditions La Tribu) nous plonge au cœur de la Haute-Île, dans la crèche des enfants du personnel d’un hôpital psychiatrique, où plusieurs bébés s'effondrent brutalement, empoisonnés. Enfin, la jeunesse et le quotidien s’incarnent dans les seconds romans de cette sélection. Nassim Kezoui publie Agrégat – Face A (Éditions du Panseur), une chronique sur une adolescence face à l'anxiété moderne tandis que Claire Griois ausculte les silences et les fragilités de la passion dans Une toute petite fissure (Quartier Libre). Des coups de griffe sur l’époque, des coups de cœur pour notre rédaction de Le Moins Qu’on Puisse Lire, qui n’a pas fini de vous faire vivre cette rentrée littéraire...

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