Maud Ankaoua “ A l’image de la pousse qui sort du goudron, il y a toujours des chemins possibles malgré la lourdeur des choses”

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

L’autrice-phénomène aux huit millions d’exemplaires vendus revient en librairies avec Tu m’avais promis, un roman vecteur, comme ses précédents opus, d’espoir et de sagesse. Elle y dépeint la trajectoire de Gabin, un jeune père traumatisé par la disparition de sa femme, qui entre en résilience par la magie d’un séjour accompli avec sa fille au Kenya, au sein d’un village massaï.

Vous avez une écriture hyper descriptive et sensorielle, non seulement concernant les décors mais aussi les saveurs, les parfums et le reste. Est-ce essentiel chez vous pour donner chair à une histoire ?

Merci pour cette question car elle n’est pas commune ! Quand on écrit, il faut donner à voir pour que le lecteur s’imagine la scène. Or, ce n’est facile pour moi de composer ces descriptions et souvent, je le fais quand j’ai terminé le livre, dans un second temps. Je reprends les photos faites pendant mes voyages pour pouvoir à nouveau éprouver ce que j’ai ressenti sur place. La première trame que je rédige, ce sont les messages, ceux qui m’ont permis de dépasser mes peurs, mes douleurs, qui ont généré ces déclics qui m’aident au quotidien. Ce n’est qu’ensuite que je choisis le pays, les personnages et l’histoire.

Comment vous documentez-vous en amont ?

Ce sont des choses que j’ai expérimentées en vingt-cinq ans de développement personnel, de rencontres, avec la volonté d’apprendre de n’importe qui, de n’importe quoi, de discussions et de conférences avec lesquelles je ne suis pas forcément d’accord. Mais je suis une éponge à points de vue et je trouve que ça nourrit beaucoup. Ce voyage chez les Massaï, par exemple, je l’ai réellement fait ; tous les personnages secondaires et anecdotes sont vrais. Beaucoup de choses qui ont cours là-bas paraissent absurdes si l’on les perçoit par notre prisme occidental mais elles ne le sont pas car elles nous ramènent à l’essentiel.

Rédigez-vous vos romans pour qu’ils aient une valeur d’universalité, que chacun puisse s’y reconnaître ?

J’ai réalisé qu’il y a des très jeunes qui me lisaient jusqu’à des très âgés, des gens de 95 ans qui me disent qu’ils auraient souhaité me croiser plus tôt dans leurs lectures. Je ne le fais pas pour ça et ne les destine pas à une cible ou à une génération en particulier. J’écris parce que ça me fait du bien et j’ai juste espoir que, comme nous sommes tous pareils, avec notre humanité, nos difficultés à comprendre nos émotions et celles des autres, avec notre ego, que ça puisse les toucher. Mais je ne m’attendais pas à ce que leur public soit aussi large.

Diriez-vous que la douleur, ici celle qui habite Gabin, peut être une prison confortable ?

Le problème de la souffrance, c’est qu’on s’habitude à un contexte, aussi difficile soit-il. Ce n’est pas confortable mais ça l’est parfois plus que le changement qui fait extrêmement peur. Donc, il y a une sorte d’alliance avec la douleur et c’est parfois très complexe de se sortir de ces situations tragiques. Mais à l’image de la pousse qui sort du goudron, il y a toujours des chemins possibles malgré la lourdeur des choses. Mon envie à travers mes écrits, c’est de dire “Je ne sais pas si ça va fonctionner pour vous mais moi, ça m’a portée. Essayez si vous avez envie d’essayer et avez la force à ce moment-là. Il y peut- être d’autres solutions que celles que vous avez envisagées”.

L’un des protagonistes de Tu m’avais promis, le sage Jumbo, explique que cette peur freine l’aptitude à évoluer mais également la faculté d’aller vers l’autre. Est-ce un message subliminal que vous nous adressez, aujourd’hui où nous sommes dans une société très clivée ?

Oui, je pense qu’on se place dans des cases et qu’il y a ce besoin absolu de catégoriser, de faire des regroupements. Mais quand on y réfléchit, personne n’y rentre et tout le monde est unique. Dès qu’on sort de ces zones familières, on est perdu et la peur vient derrière. Moi, j’encourage au contraire à faire un pas de côté et à voir ce qui se passe. Qu’est-ce qu’on risque vraiment ? Bien sûr, il y a un moment où notre ego nous rattrape, le “Non, tu n’es pas capable” et tout ce qu’on a entendu depuis qu’on est petit, notre estime de soi qui est galvaudée par toute cette éducation et ses injonctions. Moins on se montre, moins on en fait, plus on a l’impression d’être protégé. Mais le cœur s’éteint et c’est ça qui est dramatique.

La mort est une autre thématique qui sous-tend Tu m’avais promis. Pensez-vous que comme les Massaïs, elle n’est pas une fin mais les prémices d’une incarnation dans toutes les parties du vivant ?

Ca ouvre la porte sur plein de choses. Au début de ce livre, il y a la disparition de cette femme. Elle pèse sur le départ du livre car on ne sait pas si elle est décédée ou pas ni ce qu’il lui est arrivé. Or, ce que je préconise face à cette angoisse viscérale de chaque être humain et quand il n’y pas de certitude, c’est “Laissons ressentir ce qui se ressent”. Peut-être qu’il n’y a plus rien, peut-être qu’il y a quelque chose ou des millions de choses qu’on n’est pas encore en capacité d’entendre et voir.

Que vous a-t-on dit de plus beau sur vos livres ?

Sans doute qu’il y a un avant et un après et que les généralistes les prescrivent à leurs patients. Ça montre qu’il y a parfois d’autres voies envisageables que les médicaments, comme les antidépresseurs, dans lesquels on rentre pour étouffer des blessures et des états d’être. Rien ne remplace les médecins mais ça peut être un complément.

« Ça m’émeut quand mes lecteurs me disent qu’ils sont dans des énergies
similaires à la mienne »

Vous avez eu une autre vie avant de prendre la plume. Y-a-t-il des auteurs adeptes des récits de “réparation” qui vous ont incitée à embrasser cette vocation ?

Il y a en a énormément ! J’ai commencé par La prophétie des Andes de James Redfield. C’est un roman initiatique que mon meilleur ami m’a offert quand j’avais vingt-cinq, vingt-six ans. J’ai été bouleversée ce qu’il y exprimait, j’avais l’impression d’être au même “endroit”, qu’il l’avait écrit pour moi. Ça m’émeut d’ailleurs quand mes lecteurs me disent qu’ils sont dans des énergies similaires à la mienne. J’aime beaucoup également les écrivains qui parviennent à suspendre le temps comme Agnès Ledig ou Laurent Gounelle. Je les connaissais avant en les lisant, je les fréquente maintenant en tant qu’êtres humains et ce sont les mêmes; ils ne trichent pas. C’est pour ça qu’ils m’ont beaucoup inspirée. Et j’adore Virginie Grimaldi et Guillaume Musso, qui a l’art de nous transporter dans ses univers. Je crois que ce qui touche chez eux, c’est leur faculté à être eux-mêmes dans leur vulnérabilité et c’est ce que je conseille à tous les écrivains qui me demandent quelle est la bonne recette.

À LMQPL, on aime tous les livres, notamment en poche. Quel ouvrage de ce type nous recommandez-vous ?

J’adore les poches et j’ai une vraie reconnaissance envers les lecteurs qui arrivent parfois avec une dizaine d’exemplaires en dédicace puis les partagent. J’ai lu dernièrement La femme de ménage. Elle mérite son succès, parce qu’elle m’a cueillie ! Et je prône en général les poches car c’est un gros cadeau que d’offrir un grand format. Il faut donc se décomplexer à leur sujet !


Tu m'avais promis de Maud Ankaoua, 20, 90 euros, éditions Eyrolles

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