“Grand prince”, retrouver le sel de la vie

Par Bénédicte Flye Sainte Marie

Saluée il y a trois ans pour ses Lendemains qui chantent, la comédienne et écrivaine revient en librairies avec un roman émouvant, tissé autour d’une vieille dame qui va vaincre sa dépression et renouer avec la joie grâce un animal facétieux et à la faveur d’un événement incongru.

L’éternité, c’est long”, a dit Franz Kafka, à moins que ce soit Woody Allen, à qui on attribue aussi cette citation. Mais pour Simone Guillou, la protagoniste centrale de Grand prince, c’est son parcours sur Terre qui est interminable. Lestée par ses quatre-vingt-cinq ans au compteur, de très longues décennies de labeur, quelques malheurs indicibles et son isolement qui est à la fois un refuge et un fardeau, elle estime qu’elle a fait son temps. Que c’est le bon moment pour elle de tirer le rideau et sa révérence. “Tout assez duré”. Car Simone a l’impression de regarder le cours des choses “de loin, à travers un carreau sale”. Même les émissions de Michel Drucker, qu’elle a tant aimées, laissent de marbre l’ancienne saunière.

Mais tout va basculer pour notre Simone lorsque le crapaud de ciment qui trônait devant sa maison va décider de prendre la clé des champs. Et le batracien en question ne va pas se contenter de disparaitre du jour au lendemain ; fait-divers qui va déclencher une sorte d’enquête dans son petit village de Barthon- en- Retz où il n’y pas grand-chose d’autre sur lequel investiguer. Bientôt, l’impertinente statue va en effet lui montrer qu’elle a l’esprit voyageur et commencer à lui poster des courriers et des photos, de Venise, du Ladakh et d’ailleurs...

Dans ce roman qui prend pour décor l’ordinaire et se focalise sur un personnage qui ne pense n’avoir rien d’intéressant, encore moins d’exceptionnel, la talentueuse Alexia Stresi dépeint la touchante renaissance d’une femme qui semblait revenue de tout, de l’entièreté des plaisirs et déplaisirs de l’existence ; elle, l’octogénaire qui a perdu Colette, sa fille, René, son mari et que Thierry, son fils, est très loin de mettre au premier rang de ses priorités. Il montre aussi les ravages que la solitude peut produire, même sur les êtres les plus pugnaces et résilients et illustre le pouvoir salvateur de l’amour, de l’amitié et des marques d’affection que l’on se témoigne.

C’est en effet par la magie d’un regard que l’on porte (enfin) sur elle que Simone va parcourir ce chemin, recommencer à se promener, à rédiger des lettres, à aller à la bibliothèque, se trouver de nouveaux amis, goûter au bouddhisme, faire de la déco... et même du tracteur. Parce qu’au sens propre comme figuré, il n’y pas d’âge pour remonter en selle ! On décèle dans la plume teintée d’humour de l’autrice toute la tendresse et l’admiration qu’elle éprouve pour toutes ces combattantes du quotidien que personne n’aurait l’idée de qualifier d’héroïques.

Grand Prince, d’Alexia Stresi, 21 euros, Editions Flammarion

Précédent
Précédent

“Explosives”, bombe sans retardement

Suivant
Suivant

“La forêt de flammes et d’ombres”, le feu discret des sentiments